Indonésie : volcans de Bali, Lombok, Java

Un voyage assez inhabituel dans mon catalogue, loin des déserts et paysage d’altitude auxquels je vous ai le plus souvent habitués. Ici, place aux tropiques, à la végétation luxuriante, à la mer et aux cocotiers ! Même si mon domaine de prédilection reste le minéral, des fois ça ne fait pas de mal de changer non plus. Cela étant, en Indonésie on trouve aussi des volcans, donc certains assez hauts… et même un petit désert à Java, dans la caldeira du Bromo…

Bien qu’il s’agisse par ailleurs d’une destination sensiblement plus touristique que nombre de mes voyages (c’est une destination de tourisme de masse, plage, farniente et boîtes de nuits…), j’ai effectué ce déplacement dans des conditions assez particulières. Alors que le départ avait été confirmé au moins deux mois avant la date prévue (début juillet 2007), le groupe s’est trouvé réduit à trois suite à des désistements. Mais le voyage n’a pas été annulé pour autant. Et partir à trois avec un guide européen (un luxe malheureusement devenu bien rare ces dernières années), c’est convivial et sympathique. Comme l’étaient mes deux congénères, un ingénieur à la retraite et… un céréalier ! (je n’en ai pas rencontré d’autre de tous mes voyages, cela va sans dire).

Mais ce voyage a bien failli être annulé à la dernière minute… et pour une tout autre raison. Comme je le détaillerai plus bas, le programme prévoyait la visite de trois îles indonésiennes, Bali Lombok et Java, avec des liaisons d’île en île tantôt en tantôt en bateau, tantôt en avion. En empruntant dans ce dernier cas la compagnie nationale indonésienne, Garuda Indonesia (donc vol régulier, de quoi être rassuré). Mais voilà qu’une semaine avant notre départ, la commission bruxelloise de placer cette compagnie sur la liste noire des compagnies infréquentables. Impossible pour Terdav de changer les réservations au dernier moment. Donc la veille de mon départ, en rentrant du boulot, je trouve un message de Terdav sur mon répondeur. Je les rappelle et ce n’est pas la joie, on m’explique la situation et la seule solution semble de remplacer tous les trajets en avion par des traversées maritimes (traversées qui soit dit en passant ne sont pas en Indonésie nécessairement plus sûres mais là n’est pas le problème). Et comme ces traversées prendront du temps, une part importante du programme sera supprimée (en clair la visite de Yogyakarta). Cette perspective ne m’enchante guère. Mais par chance il existe un plan B : signer une décharge et prendre quand même la Garuda. Mais pour cela il faut que tout le groupe soit d’accord. Par chance, obtenir l’unanimité à trois est plus facile qu’à quinze. Ça n’aura de fait pas posé de difficulté, mais nous n’aurons la confirmation du programme que le matin du départ, l’un de nous trois n’ayant pas pu être joint auparavant. Une péripérie qui nous aura valu le déplacement à Roissy à une heure matinale, du responsable commercial de Terdav.

Mais nos péripéties avec l’aérien n’étaient pas terminées pour autant. Denpasar à Bali, où nous devons atterrir, n’est pas la porte à côté. Comme bien souvent notre vol n’était pas direct, nous volions (pour le trajet international) sur la Cathay Pacific qui est une compagnie hong-kongaise dont on suppose qu’elle est sûre ; donc cela faisait 11 h de vol jusqu’à Hong Kong, plus 4 jusqu’à Denpasar. Mais ça c’était en théorie. Parce qu’un problème technique a été détecté sur l’avion à Roissy, nous bloquant pendant cinq heures le temps que ce soit réparé (on nous a de ce fait déportés dans une salle d’embarquement à l’écart, d’où nous avons bien malgré nous assisté au pot de fin d’année du personnel d’Aéroports de Paris précédé des discours de la hiérarchie… avant tout de même de pouvoir goûter aux restes de petits fours). Donc décollage avec 5 heures de retard et… seulement trois heures de battement prévues à Hong Kong. Donc problème. Heureusement la Cathay a bien fait les choses si l’on peut dire, tous les passagers en correspondance ont été reclassés par leurs soins sur une autre compagnie. En ce qui nous concerne ça a été la compagnie China Airlines qui comme son nom ne l’indique pas est une compagnie taïwanaise. Donc passage par Taïpei, je pensais que c’était la guerre froide entre la Chine et l’ancienne Formose mais il y a quand même des vols directs. En tout deux heures de vol supplémentaires sans compter les attentes et le retard du dernier vol pour Bali. D’où une arrivée (vers minuit) avec 9 heures de retard par rapport à l’horaire prévu, notre guide n’était pas au courant de ces péripéties et nous attendait à l’aéroport depuis tout ce temps ! Il n’était guère enchanté… Quant à nous ça nous faisait une après-midi passée à Roissy, une nuit écourtée dans l’avion, une journée passée entre les aéroports d’Extrême-Orient et pour finir une demi-nuit encore dans l’avion : sympathique. Et pour couronner le tout, comme on pouvait d’ailleurs s’y attendre, nos bagages ne nous avaient pas suivi, nous avons ensuite dû nous en passer pendant quarante-huit heures.

Il est tout de même temps maintenant de parler de ce voyage et d’en annoncer le programme. L’Indonésie est un très vaste pays : 3 fuseaux ouverts, 17000 îles, dont les plus grandes sont Bornéo (île équatoriale partagée avec la Malaisie et le Bruneï, la partie indonésienne qui est la plus importante s’appelant Kalimantan), Sumatra, Irian Jaya (la moitié de la Nouvelle Guinée), les Célèbes (Sulawesi), et des archipels comme les Moluques et les îles de la Sonde. Des îles qui géographiquement se rattachent à l’Asie pour certaines et à l’Océanie pour d’autres. L’Indonésie est le quatrième pays le plus peuplé du monde, l’île de Java notamment (où se trouve la capitale Djakarta) est particulièrement dense. L’Islam est la religion dominante (l’Indonésie est de loin le premier pays musulman par sa population), mais on trouve aussi des Hindous (notamment à Bali), ainsi que d’autres religions. 

Notre voyage s’est déroulé dans trois des îles de la Sonde : Bali tout d’abord, l’île la plus touristique, culturellement assez différente des autres car majoritairement hindoue, dotée de nombreux temples et monuments et remarquable aussi par ses paysages tropicaux ainsi que ses volcans. Ensuite Lombok, à l’est de Bali, que l’on visite surtout à cause de l’extraordinaire volcan qui s’y trouve, le mont Rinjani (3726 m). Et enfin, repassant par Bali, nous nous rendons à Java à l’ouest, la plus grande et la plus peuplée des trois, également tropicale et également volcanique. Java recèle des trésors (touristiques) exceptionnels, tant du côté de ses volcans (le sulfureux Kawa Ijen rendu en France célébrissime par l’inénarrable Nicolas Hulot, pourtant précédé (pour sa navigation sur le lac d’acide) par le volcanologue Maurice Krafft ; la fantastique caldeira du Bromo, et le très actif et spectaculaire Semeru) que de ses monuments, notamment hindous et bouddhistes (Prambanan, Borobudur). Java musulmane à l’instar de sa consœur Lombok, mais à la culture au moins aussi raffinée que celle de Bali, mêlant à la religion du Prophète les influences des croyances qui l’ont précédée, l’animisme, le bouddhisme et l’hindouisme.

Une dernière précision avant d’entamer la description au jour le jour : ce voyage est le premier pour lequel j’ai abandonné la diapositive et suis passé au tout numérique, avec un nouvel appareil réflex. D’où une abondance de clichés présentés ici par rapport aux voyages précédents, puisque je n’ai plus besoin de les scanner…

Nous avons donc débarqué à minuit passé à Denpasar, la plus grande ville de l’île de Bali : l’approche de l’appareil s’effectue au-dessus de l’eau jusqu’aux dernières secondes, et l’on survole les lumières de dizaines de bateaux qui pêchent à la lanterne. Notre guide (Charlie, de nationalité britannique mais on lui pardonne) nous attendait depuis de nombreuses heures à l’aéroport. Avant de rejoindre notre hôtel à Kuta, nous avons eu un aperçu de la « vie » nocturne, une succession de boîtes de nuit devant lesquelles se pressent de très jeunes femmes. Il est clair que tout le monde ne vient pas à Bali pour ses temples et pour ses volcans.

Mais la nuit a été très courte. Nous avons passé la matinée à acheter quelques bricoles destinées à palier l’absence de nos bagages (nous nous sommes également un peu baladés sur la plage, où la baignade est en permanence interdite en raison du danger des déferlantes : drôle de station balnéaire !). 

Bien que la photo précédente ne soit pas d’une grande originalité, on y distingue déjà quelques particularismes inhérents à l’île de Bali ; on aperçoit notamment sur les bords de la route (par exemple devant l’arbre à droite), des Penjor, sortes de tissages de bambous : ils sont installés en prévision de la fête hindoue de Kuningan qui devait eu lieu quelques jours plus tard (on étale également à l’occasion de cette fête des tissus jaunes, couleur de Shiva). Ces décorations éphémères demandent des heures de travail et ne sont pas réutilisées d’une année sur l’autre.

Première visite à Bali, celle du temple de Tanahlot, un lieu au demeurant assez célèbre. Ce temple est construit en bordure de mer, et en partie sur un îlot rocheux qui n’est accessible qu’à marée basse (ce qui ne sera pas le cas pour notre visite ; il n’y a semble-t-il qu’une marée par jour à cet endroit). Pour visiter le temple dans le respect des rites locaux, nous avons acheté puis revêtu un sarong (habit traditionnel à Bali), une sorte de jupe que l’on place autour de sa taille par-dessus le pantalon (le but étant de cacher ses genoux). La vision de touristes occidentaux, pas rasés (nos bagages n’étant pas là) et ainsi déguisés, amusait beaucoup des touristes chinois de passage qui se faisaient photographier à côté de nous… Il est vrai que peu de visiteurs européens font preuve d’autant de scrupules.

Près du temple se trouve un petit musée avec un mémorial de l’occupation japonaise pendant la guerre (laquelle a laissé quelques vestiges et aussi des souvenirs douloureux). On remarquera aussi (ci-dessus) cette statue revêtue d’un sarong (et le drap jaune, couleur de Shiva).

Nous avons visité un second temple ce même jour : le temple de Taman Ayun, situé lui à l’intérieur des terres, dans la localité de Mengwi. Ce temple a été édifié à l’emplacement d’un ancien palais royal fortifié (d’une époque où Bali était divisée en 8 royaumes), dont les fossés défensifs remplis d’eau sont toujours en place. Comme bon nombre de temples balinais, celui-ci est constitué de trois enceintes successives, de plus en plus sacrées (les touristes n’entrant pas dans la troisième). Ici à Taman Ayun, la première enceinte contient une sorte de préau sous lequel sont parfois organisés des combats de coqs semi-clandestins, mais nous n’aurons pas la chance d’assister à un spectacle de ce genre.

Quelques généralités (sans doute banalités) concernant la religion hindoue, à Bali et ailleurs. Il y a trois divinités principales dans le panthéon hindou, Brahma, Vishnou et Shiva (avec de nombreux avatars dont je ne parlerai pas). À chacun de ces dieux est associé un véhicule (vâhana) animal : le taureau pour Shiva, l’aigle à tête humaine pour Vishnu, le cygne pour Brahma, et c’est à ce véhicule qu’on peut le plus facilement reconnaître à quel dieu un édifice est dédié. Ces véhicules et ces divinités sont communs à tous les hindous. Par contre l’hindouisme balinais a ses spécificités, telles que l’identification des dieux aux grands volcans de l’île. En fait les volcans font l’objet d’adorations à part entière, le plus sacré d’entre eux étant le mont Agung, le point culminant de l’île (3142 m). Ainsi tous les temples de Bali sont en fait orientés vers un volcan et le plus souvent vers l’Agung.

Nous avons passé la nuit dans un hôtel de l’intérieur de l’île, à Wangaya Gede, dans un décor paradisiaque au milieu de rizières aménagées en terrasses. Les chambres des hôtels balinais ont souvent une particularité : la salle de bain est située à l’extérieur de la chambre, en plein air, entourée de hauts murs. Cet hôtel était situé à proximité du temple de Pura Luhur Batukau que nous devions visiter le lendemain (un temple bien moins touristique que les deux précédents, bien que ce soit l’un des plus importants de l’hindouisme balinais). Le mont Batukau est un volcan (ce jour-là dans la brume), le deuxième de l’île de Bali (2276 m), et ce temple est largement dédié à l’esprit de la montagne, amalgamée elle aussi à l’une des divinités hindoues. Comme dans la plupart des temples de Bali, les constructions du temple sont coiffées de meru c’est-à-dire de toits de chaumes. Le nombre d’étages des meru est toujours impair (3, 5, 7, 9 ou 11) ; 11 étages signifie que le bâtiment est dédié à Shiva, ensuite 9 correspond à Vishnou et 7 à Brahma. Un nombre inférieur correspond aux esprits des volcans.

Ci-dessous, la partie la plus sacrée du temple (donc interdite au touristes). Le sanctuaire comporte aussi une source d’eau bénite.

Démarrant directement du temple, nous avons entamé une randonnée dans la journée dans la forêt tropicale puis dans les rizières. À Bali la forêt recouvre toutes les zones trop pentues pour être cultivables, mais elle n’est pas excessivement épaisse. Nous nous sommes tout de même fait guider (pendant une vingtaine de minutes) par le grand prêtre de Luhur Batukau. Ensuite nous avons rejoint un petit temple secondaire, puis traversé des villages et enfin des rizières.

La topographie de Bali est assez particulière : le relief est façonné par des vallées (ravines) qui descendent des volcans. Les rizières se trouvent parfois au fond de ces ravines, mais que les villages se trouvent presque toujours sur les crêtes. Entre les deux, des zones de forêt, parfois assez escarpées. Les routes relient les villages entre eux, et sont donc construites en haut des crêtes. Pour passer (en voiture) d’une crête à l’autre, il est souvent nécessaire de parcourir des kilomètres afin de rejoindre une zone plus basse.

Voici deux photos de villages que nous avons traversés. Ces villages étaient décorés en prévision de la fête de Kuningan dont j’ai déjà parlé. Nous sommes ici dans des hameaux de la commune de Jatiluwih, mais pas dans le bourg principal.

L’après-midi nous avons randonné dans l’une des zones de rizières les plus touristiques de Bali (il y a un droit d’entrée pour accéder à ce secteur), le long d’un canal d’irrigation (il est paraît-il possible de faire du rafting dans ce canal). Malheureusement le soleil n’était pas de la partie ce qui fait que je ne suis pas très satisfait de mes photos. En voici donc la seule rescapée :

Nous nous sommes ensuite rapprochés du lac Bratan où se situait notre prochain hôtel. Le lac Bratan occupe une ancienne caldeira, et renferme un temple important (le temple d’Ulun Danu) lui aussi en partie dédiés aux esprits du volcan. Ce temple est construit sur la rive du lac, mais une partie se situe sur un îlot accessible uniquement en barque. 

Le temple d’Ulun Danu renferme en outre une particularité unique à Bali : un stûpa bouddhiste (j’ai vérifié, c’est bien masculin…). J’avoue ne pas avoir noté la raison de sa présence ici.

La journée s’est poursuivie (comme la précédente…) par une randonnée dans la forêt et dans les rizières. Nous avons démarré des rives du lac Bratan, à un endroit où les Japonais on construit un tunnel pour se protéger des bombardements. Mais la visite de ce site militaire ne présente guère d’intérêt… Ensuite, la marche en forêt nous a permis de découvrir un certain nombre de plantes tropicales (dont j’ai peu retenu je l’avoue), et, ça et là, une vue sur quelques volcans éteints des alentours.

Ensuite nous avons une nouvelle fois traversé des villages… et les rizières entre ces villages ainsi que les ravines entre ces rizières. Mais ce jour était particulier : c’était celui de la fameuse fête de Kuningan dont je vous ai parlé à plusieurs reprises. Tous les villageois étaient habillés en costumes traditionnels et rassemblés dans les temples, hommes et femmes généralement séparés. Et comme il s’agissait de villages assez isolés, nous étions les seuls touristes à photographier ces scènes !

Encore deux photos prises au cours de cette balade : une rizière et une ravine dont les pentes sont recouvertes d’une forêt de bambous.

Après cette randonnée, un assez long transfert nous a menés jusqu’au bord de la caldeira du Batur. Nous sommes ici dans l’un des principaux sites touristiques de Bali, la caldeira mesure 7,5 km de diamètre environ et la moitié de sa surface est occupée par un lac en forme de croissant de lune. Au centre de la caldeira s’élève un volcan de 1717 m, le Batur, dont nous effectuerons l’ascension le matin suivant. Ce volcan, actif, causa des milliers de morts en 1917, à la suite de quoi le temple qui lui est dédié fut reconstruit, non plus au fond de la caldeira, mais sur son bord. C’est ce temple que nous visiterons aujourd’hui, lequel n’a de ce fait aucun caractère ancien. 

Et donc voici une photo de ce temple, dans sa partie la plus sacrée qui, contrairement à la plupart des temples de Bali, n’est pas ici située au centre mais à l’extrémité du sanctuaire. 

Nous avons effectué le lendemain l’ascension du volcan Batur : la première des trois ascensions prévues au programme de ce voyage, et aussi la plus facile : à peine deux heures de montée. Revers de la médaille, nous sommes loin d’être seuls, les groupes de touristes se succèdent à la queue leu leu. On démarre l’ascension à 4h du matin pour être au sommet pour le lever du soleil : nous arriverons en avance ! Le guide local (il est obligatoire d’en avoir un) n’entame pas l’ascension sans une petite prière, volcan sacré oblige.

Malheureusement le temps sera assez bouché au sommet, nous privant de la vue sur la caldeira. Assez incommodé par la foule, notre guide nous proposera de redescendre immédiatement (sans même avoir fait le tour du cratère) pour enchaîner ensuite sur une autre balade dans un secteur moins touristique. Mais à notre grande surprise, le temps se dégagera ensuite complètement et la journée sera l’une des plus belles de notre séjour à Bali. Ci-dessous, le Batur photographié vers 9 h du matin, alors que nous venons juste d’en achever la descente.

La journée n’était pratiquement pas entamée ! Mais pour cette seconde balade (qui n’était pas au programme et que notre guide Charlie nous a concoctée spécialement à notre intention), nous avons dû nous passer de nos accompagnateurs balinais : pour eux il était hors de question d’en faire plus que ce qui était convenu ! Nous sommes partis du village de Songan d’où nous avons rejoint la crête de la caldeira. Crête que nous avons ensuite suivie pendant plusieurs heures (dans un secteur dépourvu de route), dominant à la fois le lac Batur et la mer située au nord en contrebas.

De ces crêtes on pouvait également apercevoir le mont Agung, le point culminant de Bali. C’est rappelons-le une montagne très sacrée, donnant lieu à des rites religieux, dont l’un (qui n’est effectué que tous les 100 ans, si je me souviens bien) consiste à sacrifier un tigre vivant dans le cratère du volcan. La dernière fois que ce rite a été observé, dans les années 1960, le volcan est entré en éruption peu de temps après. Les prêtres en ont alors conclu que le sacrifice avait été mal fait et qu’il fallait recommencer.

Le temps ce jour était tellement dégagé qu’on pouvait même deviner dans le lointain le mont Rinjani (3726 m) sur l’île de Lombok, volcan dont nous devions faire l’ascension quelques jours plus tard.

Cette balade s’est terminée par une descente (sur une pente assez escarpée, mais par un sentier bien aménagé) jusqu’au village de Trunyan, l’un des deux seuls villages animistes de Bali. Mais (aux dire de notre guide), ses habitants sont agressifs et désagréables (contrairement aux autres balinais) c’est pourquoi nous avons préféré éviter de le visiter, nous contentant de le contourner en catimini.

La journée avait été longue, mais elle était encore loin d’être terminée ! Nous aurions normalement dû passer une seconde nuit dans le même hôtel au fond de la caldeira du Batur, mais notre guide nous a concocté un nouvel extra par rapport au programme (nous avons vraiment été gâtés dans ce voyage !) : un spectacle de danses traditionnelles balinaises. Mais pour ce faire il a fallu faire un petit bout de route, jusqu’au village de Sebatu, au centre de l’île. Village qui (outre les danses) possède une spécialité assez curieuse : son artisanat de souvenir « authentiques » du monde entier (par exemple des totems d’Amérique du sud). Il paraît que quand on achète un objet «traditionnel » chez un marchand de souvenirs, que ce soit en Afrique, en Océanie ou en Amérique, il y a de bonnes chances qu’il ait été fabriqué à Bali ! C’est ça la mondialisation. En ce qui me concerne, ça tombe bien, je n’achète jamais rien dans les souks.

Venons-en maintenant à ces danses : un spectacle, excusez du peu, qui était donné rien que pour nous ! Seulement quatre spectateurs (trois touristes et le guide) pour une vingtaine de musiciens et une dizaine de danseuses. Les danses balinaises constituent une tradition très ancrée dans la culture locale, perdurant en dépit du tourisme de masse qui submerge l’île depuis des années. Les petites filles de tous les villages de Bali apprennent ces danses traditionnelles qui sont exécutées devant les touristes, mais également dans les temples dans le cadre de cérémonies religieuses auxquelles les étrangers ne peuvent pas toujours assister (et certaines danses sont spécifiques à ces cérémonies). Ces danses, très travaillées, incorporant toute une gestuelle, et effectuées en costumes traditionnels, sont accompagnées de musique également traditionnelle généralement jouée sur des gamelan, sortes de xylophones métalliques. Cette vidéo accessible en streaming donne une idée de la sonorité de ces gamelan.

En fait la musique des gamelan est assez connue dans le monde fermé de la musique classique (occidentale) contemporaine, depuis que Pierre Boulez s’y est intéressé eu égard à la parenté qu’il y voyait avec le dodécaphonisme et autres élucubrations de ce genre. Les musiciens que nous avons peu entendre à Sebatu ce soir là, et qui se trouvaient être parmi les meilleurs joueurs de Bali, avaient de ce fait eu l’occasion d’effectuer des tournées dans plusieurs des grandes salles parisiennes (le chef de l’orchestre — celui qui se trouve au fond à droite et qui joue tout en dirigeant de la tête — m’a cité entre autres le théâtre des Champs Élysées, le Châtelet, la salle Pleyel… et il est clair que les spectateurs parisiens paient beaucoup plus cher que la somme symbolique que nous avons versée à Sebatu !). Les danseuses, quant à elles, n’étaient pas des artistes professionnelles mais des fillettes du village qui apprenaient les danses comme la plupart de leurs congénères (cette soirée était en fait une répétition, ce qui explique que nous ayons payé si peu cher et que nous étions les seuls spectateurs).

Nous avons effectué le lendemain une balade entre Sebatu et le temple (important) de Gunung Kawi qui se trouve dans les environs. Mais malheureusement la météo pour cette randonnée dans les rizières n’était pas idéale. 

Le terrain dans ce secteur est assez plat (nous sommes situés sur un plateau), mais il y a tout de même des ravines à franchir de temps en temps. Dans l’une de ces ravines nous avons surpris des villageoises en train de se laver, mais elles n’ont pas eu l’air gênées plus que cela de notre passage.

Les photos suivantes ont été prises à proximité du temple de Gunung Kawi, lui aussi situé au fond d’une ravine. On accède au temple en descendant un escalier de 230 marches.

Le temple de Gunung Kawi est l’un des plus anciens de Bali, certaines parties datent du XIe siècle. En l’occurrence, des anciennes tombes royales sculptées dans la roche, qui très exactement sont des cénotaphes puisque les hindous sont incinérés. La partie plus récente du temple contient des mérus comme dans les autres temples de Bali. On trouve ici néanmoins, et c’est une autre originalité de ce temple, une partie troglodyte, très vénérée. Malheureusement le temple de Gunung Kawi est assez touristique.

Dernier temple que nous avons visité à Bali (avant d’embarquer le jour suivant pour Lombok), celui de Besakih au pied du mont Agung. Pour nous y rendre depuis Gunung Kawi, et bien que les deux temples soient assez proches à vol d’oiseau, il nous a fallu parcourir pas mal de kilomètres et remonter jusqu’à la caldeira du Batur : c’est que, comme je l’ai déjà évoqué, les communications à Bali n’existent que parallèlement aux ravines. 

Le temple de Besakih, l’un des plus importants de Bali, est aussi, malheureusement, l’un des plus touristiques. Il est situé au pied du mont Agung auquel il est dédié, il a d’ailleurs été épargné de justesse lors de la dernière éruption de 1964. Sans doute à cause d’autres événements similaires antérieurs, les bâtiments ne sont pas très anciens, bien que le lieu soit sacré depuis très longtemps. On trouve par contre des éléments architecturaux intéressants, comme des tuiles traditionnelles en bambou, devenues rarissimes à Bali. Le temple est situé sur un lieu en pente, les différentes parties s’en visitent en gravissant des escaliers. Comme au temple de Taman Ayun, la partie la plus sacrée (interdite aux touristes) se trouve au centre.

Nous avons ensuite rejoint la station balnéaire de Candi Dasa (au sud-est de l’île) où nous devions passer notre dernière nuit balinaise (en chemin nous avons fait halte au village de Sidemen, d’où notre guide local était originaire). Notre hôtel était localisé en bord de mer mais il n’était pas possible de se baigner (trop dangereux).

Notre séjour à Bali était maintenant terminé. Pour nous rendre dans l’île suivante, Lombok, nous avons (conformément au programme) emprunté un transbordeur : quatre heures de traversée (avec un départ à 6 du matin). Nous étions absolument les seuls touristes sur ce bateau, dont il ne vaut mieux pas trop s’attarder sur l’état (ça m’a un peu rappelé la Grèce de mon enfance…). 

Notons que le bras de mer que nous avons traversé est (relativement) profond : c’est là que passe la ligne de Wallace, qui sépare géographiquement l’Asie de l’Océanie (on n’a jamais trouvé d’espèces asiatiques, comme les tigres, à Lombok, car le détroit n’a jamais été à sec).

Lombok est (contrairement à Bali mais à l’instar de la plupart des îles indonésienne) une île essentiellement musulmane. L’ambiance y est incontestablement moins « sympathique » que dans sa consœur, on n’y trouve pas ces temples, cette culture raffinée, ni non plus ces belles rizières en terrasses. L’île est de ce fait bien moins touristique que Bali, à l’exception notable de ce pourquoi nous sommes venus ici : l’exceptionnel volcan Rinjani et son extraordinaire caldeira avec son lac aux eaux turquoises. Le visite du volcan Rinjani (qui culmine à 3726 m, c’est le plus haut sommet des îles de la Sonde) nécessite un trek de trois jours accompagnés de porteurs. Démarrant du village de Sembalun-Lawang (1180 m), on commence par une montée de 1500 m jusqu’à un col sur la la crête de la caldeira, à 2724 m d’altitude et à 700 m au-dessus des eaux du lac. Le deuxième jour, après un départ très matinal comme il se doit, c’est l’ascension proprement dite (assez éprouvante en raison du terrain instable), puis une descente particulièrement escarpée jusqu’au bord du lac. Mais là se trouvent de réconfortantes sources chaudes. Enfin le troisième jour, on remonte sur la crête du côté opposé (c’est moins raide à cet endroit), avant une descente de 2000 m pour finir dans la végétation tropicale (Senaru, alt. 620 m). 

Tout le périmètre du volcan Rinjani se situe dans un parc national. Le secteur n’est donc pas habité et surveillé par une police spéciale, même si des problèmes de sécurité ont pu y être observés par le passé comme notre guide s’est fait un plaisir de nous le raconter… seulement après que nous eûmes terminé la randonnée !

Cette première photo a été prise peu après le départ du trek, on aperçoit le sommet du volcan en toile de fond (la crête où se situe le premier camp étant située à droite). On remarquera la technique de portage des porteurs indonésiens, assez spécifique (différente aussi de celle des Népalais). 

Sur la seconde photo ci-dessus, l’un des très nombreux singes que l’on rencontre le long du sentier : connaissant parfaitement les lieux de pique-nique des touristes, ils n’ont qu’à attendre pour déguster les restes. Mais ils ne sont pas agressifs, ils savent qu’il y aura toujours à manger !

La véritable montée n’a débuté que l’après-midi : 1000 mètres d’un coup, sur un sentier face à la pente et en pleine chaleur (même si je n’étais pas mécontent qu’il fasse beau, après le temps couvert que nous avions eu la veille lors de notre approche du volcan en véhicule). Alors que nous étions, bizarrement, presque seuls le matin, nous avons été rattrapés par pas mal de touristes : des occidentaux (surtout des Australiens), mais aussi, et c’est paraît-il nouveau, d’assez nombreux touristes indonésiens. Ce sont des membres des classes moyennes des villes de Java, très peu habitués à marcher en montagne (bien moins à l’aise que nous) ce qui se voit sur leur rythme de montée ! Il y a paraît-il souvent des accidents impliquant des touristes indonésiens.

Ce n’est qu’en arrivant au camp que nous avons eu notre premier aperçu des somptueux paysages sommitaux du Rinjani, et ce, même si les nuages commençant à monter nous en masquaient une partie. Le fond de la caldeira du Rinjani (7 km environ de diamètre) est occupée par un lac, le lac Segara Anak. Ce lac est en forme de croissant en raison de la présence au centre de la caldeira, d’un cône éruptif récent, le Barujari. Ce cône (presque invisible sur la série ci-dessous de photos prises du premier camp) est toujours en activité, la dernière éruption remontant à mai 2009, donc postérieure à mon voyage. Les eaux du lac Segara Anak sont de couleur turquoise en raison des émissions de soufre du Barujari, ce qui ne les empêche pas d’être très poissonneuses. Bien que situé au fond de la caldeira ce lac possède par ailleurs un déversoir, par une entaille dans les flancs de la caldeira. Notre camp de ce soir (Plawagan II) est situé au bord de cette entaille (c’est par cette vallée aussi que montent ce soir les nuages). 

Notons que cet itinéraire d’ascension du Rinjani (et ce camp en l’occurrence) n’est ouvert que depuis quelques années, quand une source minuscule a été découverte dans les environs, rendant possible le bivouac à cet endroit. Auparavant l’ascension s’effectuait par un départ des rives du lac à 1 h du matin, ce qui la rendait nettement plus soutenue !

Malgré la présence de ce camp, l’ascension du Rinjani n’est pas une promenade de santé. On se lève à 2h30 du matin pour effectuer la plus grande partie de la montée à la frontale. La montée s’effectue en trois étapes : d’abord une montée assez raide, mais sur un terrain assez stable (il y a encore quelques arbres). On arrive ainsi sur la crête sommitale, qui dans un premier temps n’est pas trop raide. Mais 300 m sous le sommet, la pente s’accentue et le terrain, fait de cendre volcanique, devient instable : on recule d’un pas quand on en monte deux ! Cette dernière partie, qui s’effectue normalement de jour, est de loin la plus soutenue (l’un de mes deux compagnons de voyage déclarera d’ailleurs forfait).

Nous mettrons quatre heures pour atteindre le sommet. Mais cela vaut vraiment la peine, je vous laisse juger par les photos, même si en raison de l’heure très matinale la lumière n’était pas optimale. Ces photos nécessitent quelques commentaires : le croissant formé par le lac Segara Anak est maintenant presque intégralement visible, de même que le cône du Barujari. À l’horizon, on peut deviner un cône volcanique : il s’agit du mont Agung à Bali. Un peu plus près, dans la mer, se dessinent par ailleurs trois petites îles : ce sont les îles Gili, le second haut lieu du tourisme à Lombok, elles sont réputées pour leurs paysages sous-marins (notre guide a d’ailleurs envisagé de nous y emmener en extra, après notre ascension, mais nous y avons finalement renoncé). 

La photo montrant l’autre versant du Rinjani présente également un certain intérêt. Au premier plan se trouve un cratère secondaire du volcan dont personne ne parle jamais, mais qui semble lui aussi actif. Dans le lointain, on distingue une autre île, Sumbawa. C’est sur cette île que se trouve (également visible mais il faut le deviner) le volcan Tambora, responsable en 1815 d’un cataclysme volcanique particulièrement destructeur (quoique relativement méconnu), encore plus puissant que celui du Krakatoa, à l’origine de perturbations majeures du climat pendant l’année qui a suivi (des tempêtes de neige observées en plein mois de juillet en Amérique du nord). Le volcan qui dépassait sans doute 4000 m avant cette éruption a d’un coup perdu un tiers de son altitude !

Quelques photos prises au cours de la redescente, là où la crête est la plus raide : elles donnent une bonne idée de la difficulté du terrain… La dernière photo a été prise de plus bas, juste avant de quitter la crête principale pour redescendre vers le camp de Plawagan. On ne s’en doute guère, mais c’est cette zone qui est la plus dangereuse de ce trek. Il est difficile en effet de bien repérer l’endroit exact d’où il convient de quitter la crête pour amorcer la descente. Des sentiers semblent partir de plein d’endroits mais ce sont des pièges : si l’on s’engage sur un mauvais itinéraire, on se retrouve sur une pente rapidement séparée de la bonne route par des ravines infranchissables, avec risque de tomber à plus ou moins brève échéance sur des barres rocheuses. La seule solution dans ce cas, mais il est difficile de s’y résoudre, est de remonter jusqu’à la crête pour retrouver le bon chemin. Note guide savait de quoi il parlait en racontant cela, une semblable mésaventure lui étant arrivée sur le volcan Semeru à Java.

Après un pique-nique à l’emplacement du camp de la veille, nous avons entamé la descente jusqu’au fond de la caldeira et au bord du lac Segara Anak (alt. 2027 m). Sept cents mètres de descente, sur une pente particulièrement raide, le sentier se frayant un passage entre des barres rocheuses. En outre, les câbles qui ont a une certaine époque existé pour nous aider à descendre, n’ont pas été entretenus et ont le plus souvent disparu. J’ai dû pour ce passage laisser un de nos accompagnateurs porter mon appareil, ce que je regrette car du coup je n’ai pas pu photographier ces passages.

Le camp du soir au bord du lac était très agréable, bien que l’endroit soit aussi assez populeux. Il y a non loin des sources chaudes fort bien venues. Autre agrément du lieu, les eaux du lac sont très poissonneuses, ce qui nous a permis de déguster au dîner du poisson d’eau douce, un luxe assez rare en trek.

Le dernier jour de la randonnée commence par une montée de six cents mètres jusqu’à la crête de la caldeira, jusqu’à un col (quasiment diamétralement opposé au sommet). C’est pendant cette remontée et jusqu’au col, que la vue sur la caldeira est à mon avis la plus belle. Malheureusement, j’avais fait une erreur de réglage de mon appareil que je ne maîtrisais pas encore très bien (je l’avais laissé sur 800 ISO depuis le sommet où j’avais pris quelques photos par faible luminosité). Du coup, certaines de mes photos ne présentent pas la qualité qu’elles auraient dû.

Toute cette montée (et c’est aussi l’un de ses principaux attraits) nous offre en permanence une vue sur le Barujari, le cône éruptif récent du Rinjani (de nombreux touristes passent d’ailleurs un jour de plus sur le Rinjani afin d’aller le visiter de plus près). Comme je l’ai déjà signalé ce cône est à nouveau entré en éruption au printemps 2009. Le magma est sorti du flanc à gauche sur la photo précédente (là où se trouve la tache rouge) et une coulée de lave est venue obstruer la petite baie située en contrebas.

Voici un panoramique pris depuis le col (mon tout premier panoramique effectué avec cet appareil qui ne comporte pas de fonction dédiée…). On distingue bien sur la gauche le sommet du Rinjani (3726 m), celui là même dont nous avions fait l’ascension la veille. Le camp de Plawagan II (premier soir) se trouve en haut de la falaise située à mi hauteur : on comprend bien pourquoi la descente avait été si délicate ! Quant à l’ascension finale, elle suivait la crête sur tout le parcours, et on voit aussi qu’il valait mieux ne pas trop s’en écarter…

Avant de quitter définitivement cet environnement fabuleux, deux dernières photos, également prises depuis le col. La seconde montre l’autre versant, celui par lequel nous allons ensuite redescendre. On distingue à l’horizon le mont Agung de Bali, très souvent visible depuis cet endroit alors qu’on ne peut quasiment jamais le voir en raison de la brume, depuis les côtes de Lombok.

La journée se terminait par deux mille mètres de descente sur un sentier aisé, le plus souvent en forêt comme le montre cette photo de jungle tropicale.

Après cette randonnée exceptionnelle, les quelques jours qui ont suivi ont il faut bien le reconnaître été moins mémorables. Il faut dire aussi que beaucoup de transferts nous attendaient. Le 14, nous devions prendre un avion dans l’après midi pour retourner à Bali. En attendant, nous nous sommes baignés à proximité de la station balnéaire de Senggigi où nous avions notre hôtel — mon premier bain de mer depuis mine de rien ! Nous nous sommes même essayé à faire du snorkel, mais n’ayant jamais pratiqué et n’étant du reste que très moyennement motivé, l’expérience ne s’est guère avérée concluante. Du reste, cette côte était dangereuse et il fallait faire très attention à ne pas dépasser la première barrière de rouleaux. Autant dire que le bain c’était plutôt une trempette…

Avant d’aller prendre l’avion, en attendant dans le hall de notre hôtel, nous avons eu la surprise de voir passer un étonnant défilé de personnes en costume traditionnel. On ne fête quand même pas le 14 juillet jusqu’ici ? D’après notre guide, il s’agirait d’une répétition en vue de la fête nationale indonésienne ; mais celle-ci étant le 17 août, cela leur laissait quand même le temps !

Après une demi heure de vol pour Denpasar par cette compagnie indonésienne depuis peu sur liste noire (pas d’incident majeur mais quatre heures de retard… et de l’eau qui me tombe dessus avant le décollage, obligeant les hôtesses à me changer de place) , nous avons passé la nuit en plein centre de Kuta dans le logement des guides (le fait que nous soyons un petit groupe permettait à notre guide certains arrangements). Le jour suivant, direction l’île de Java : plus d’avion cette fois mais un long trajet en minibus. Levés à l’aube, on commence par traverser toute l’île de Bali, gagnant sa partie ouest, bien plus pauvre et bien moins touristique que l’est. Seuls quelques kilomètres de bras de mer séparent Bali de Java. Des bacs traversent en permanence, ça fait un peu penser au détroit de Messine. Le port d’embarquement s’appelle Gilimanuk. Je ne décrirai pas la traversée par moult détails, signalons tout de même qu’on peut apercevoir, depuis le bac en direction du nord, un volcan, le Baluran (1247 m). Contrairement à la traversée entre Bali et Lombok, nous avons conservé le même véhicule qui a donc embarqué avec nous.

Une fois à Java et après un déjeuner à Banyuwangi, nous avons gagné le plateau d’Ijen où nous devions le lendemain visiter le volcan éponyme (le Kawa Ijen). Ce plateau s’étend jusqu’à 2000 mètres d’altitude et se trouvait le jour où nous l’avons gagné plongé dans les nuages. Nos chauffeurs balinais, peu habitués à cet environnement, grelottaient de froid ! À cause de son terrain volcanique fertile, le plateau d’Ijen abrite une vaste plantation de café de 4000 ha, que nous avons visitée en long et en large (les caféiers sont des arbustes qui poussent en général sous une couverture végétale plus haute qui les protège du soleil). Nous avons logé dans la localité de Blawan (alt. 955 m), à côté d’une pittoresque maison coloniale hollandaise.

C’est à Blawan que se trouve l’usine de traitement des grains de café. Toute la localité est organisée autour de cette activité, à commencer par ce village des ouvriers aux maisons toutes identiques, me faisant vaguement penser aux corons de mon Nord natal (où certes, je n’ai pas beaucoup vécu…). Nous avons eu le privilège de visiter l’usine, en partie automatisée (notamment tout ce qui est lavage et séchage des grains). Mais le café doit également être trié pour séparer les meilleurs grains, exclusivement réservés à l’exportation, des autres, destinés à la consommation nationale. Ce travail particulièrement fastidieux est effectué par des dizaines de femmes rassemblées dans une vaste salle : cela vaut le coup d’œil !

Une scène qui me fait invariablement penser au chœur des cigarières dans Carmen

Le Kawa Ijen est le troisième des quatre volcans prévus au programme de ce voyage ; c’est aussi le plus facile (400 m de montée à peine). Ce qui ne nous a pas empêchés de nous lever à 3h30 pour démarrer l’ascension à l’aube : il faut croire que notre guide aimait ça ! Ce volcan est connu pour ses champs de soufre et l’exploitation qui en est faite, avec des dizaines de porteurs qui descendent jusqu’au fond du cratère (respirant à haute dose l’hydrogène sulfuré toxique) pour ramener sur leur dos des blocs pesant jusqu’à 90 kg. L’espérance de vie de ces porteurs s’en trouve nettement réduite comme on peut se l’imaginer ; mais ils gagnent aussi sensiblement plus que les paysans du coin. Le soufre est essentiellement utilisé pour blanchir le sucre de canne (il ne semble pas que cette exploitation ait un rapport avec les plantations de café voisines).

Il y a surtout des Français parmi les (nombreux) touristes visitant ce volcan, eu égard au battage orchestré par ce cathodique olibrius à qui j’ai déjà fait trop d’honneur en citant son nom. Et dire que même les porteurs du coin le connaissent et nous en parlent quand ils nous croisent !

Pour ce qui est de notre visite du Kawa Ijen, je dois dire que j’ai été un peu déçu. Nous n’avons pas en effet été gâtés par la météo, sans précipitation mais très brumeuse et sans aucun vent. Résultat, les vapeurs de soufre s’accumulaient au fond du cratère, bouchant toute visibilité et nous empêchant en raison de leur toxicité de descendre au fond de celui-ci. Du fameux lac d’acide sulfurique je n’aurai eu qu’une vision fantomatique.

Encore plus touristique que le Kawa Ijen (sans être, et de loin, aussi hexagonal !), le site du volcan Bromo, que nous avons rejoint après une journée entière de route. Cet endroit exceptionnel est l’un des sites volcaniques les plus connus au monde, on en trouve au moins une photo dans tous les ouvrages consacrés à la volcanologie. Le Bromo est un volcan très actif situé au centre d’une caldeira (la caldeira du Tengger) de 16 kilomètres de diamètre. Le fond de la caldeira, recouvert de cendre volcanique, n’est pas colonisé par la végétation, lui donnant un aspect désertique particulièrement inhabituel en pays tropical. L’un des principaux attraits de cette caldeira est la vue dont on jouit depuis ses bords (en particulier du mont Penanjakan, 2770 m), vue qui porte non seulement sur la caldeira, mais aussi sur le volcan Semeru (3676 m) situé au sud dans l’alignement, volcan en perpétuelle activité émettant toutes les vingt minutes environ un spectaculaire panache de fumée. Autre particularité de la région, le fait qu’elle soit très peu peuplée par rapport au reste de Java (un parc naturel englobe d’ailleurs le Bromo et le Semeru), et le fait qu’une fraction importante de cette population soit restée hindoue, mêlant comme à Bali le panthéon hindou avec une vénération des volcans (Bromo étant d’ailleurs une déformation de Brahma).

Malheureusement, tout comme au Kawa Ijen, notre visite des lieux aura été en partie compromise par la météo, tournant carrément au brouillard et à la pluie. Notre vue sur le site depuis le mont Penanjakan n’aura été que très partielle ; de même que l’ascension du Bromo effectuée dans le brouillard. Quant à la randonnée prévue dans le petit désert, elle aura carrément été annulée en raison du brouillard et du risque de se perdre 

J’ai groupé les rares photos que j’ai pu prendre du Bromo et du Tengger. La première photo a été prise des abords de notre hôtel, situé au bord de la caldeira, à 2230 mètres d’altitude (d’où un froid assez inhabituel en ces contrées…). Le Bromo se trouve à gauche, c’est le cratère assez grand laissant échapper de la fumée en grande partie d’origine volcanique. Le volcan situé à droite et dont le sommet est dans les nuages s’appelle le Batok, c’est un volcan éteint. La seconde photo a été prise depuis les pentes du volcan Bromo, on aperçoit en bas le temple hindou qui lui est dédié et qui se trouve au fond de la caldeira du Tengger. Notons que cette ascension, très brève, était rendue pénible par l’innombrable foule qui s’y pressait… après être montée non pas à pied mais à cheval. Les derniers mètres de l’ascension sont aménagés en escaliers rappelant furieusement ceux de la butte Montmartre…

La journée avait commencé par un lever à 3 h pour effectuer l’ascension en jeep du mont Penanjakan. Là haut, la foule de touristes était telle qu’il était très compliqué de se garer, et qu’il fallait terminer à pied les dernières centaines de mètres. On accédait ensuite au sommet sur lequel était aménagée, face au volcan, une tribune provisoire de style Furiani. Tribune noire de monde bien évidemment. Et tout ceci pour ne voir… rien ! Le sommet était entièrement dans les nuages ! Nous avons attendu, n’avons rien vu du lever du soleil sur cet exceptionnel site. Les nuages ont tout de même fini par se déplacer, ne laissant rien deviner de la caldeira mais nous laissant apercevoir, au loin, le volcan Semeru. Volcan qui ne nous a fait qu’une seule fois l’honneur de nous saluer d’un panache, et encore, je n’ai pu prendre la photo que quelques minutes après l’explosion. Et impossible d’éviter toutes ces têtes de touristes dans le champ !

N’ayant pu nous balader dans la caldeira, nous avons effectué le parcours correspondant en jeep. Mais comme une seule jeep avait été louée, pour le transport des bagages, nous avons dû voyager… sur le toit de la jeep ! Pour des Indonésiens c’est assez courant de voyager ainsi, mais pour des touristes c’est nettement plus rare… et les habitants du coin avaient l’air assez étonnés. Heureusement il n’y a pas trop d’arbres sur le parcours (sauf pendant la descente au fond de la caldeira). Ce parcours m’a en ce qui me concerne rappelé un petit précédent : le trajet depuis Hushe à la fin du trek au Pakistan… 

Les deux photos suivantes ont été prises lors de la sortie de la caldeira et depuis le bord de celle-ci, alors que nous nous approchons de Ranu Pani. Notons que ce secteur du Tengger est recouvert de végétation.

N’ayant pas effectué la randonnée, nous sommes arrivés très tôt au village (en partie hindou) de Ranu Pani (point de départ pour l’ascension du Semeru que nous entamerions le lendemain), et nous y avons pas mal glandé…

Deux jours de trek sont nécessaires pour le Semeru. Une première journée de marche, entièrement en sous-bois et avec très peu de dénivelé (tout est en balcon), nous conduit au camp de Kalimati (2700 m). L’ascension proprement dite débute à 2h du matin, 1000 mètres seulement de montée mais sur un terrain très instable rendant l’ascension assez éprouvante (sans compter le retour au village dans la foulée).

Nous avons eu un temps exceptionnel le premier jour, celui de la marche d’approche. Un ciel entièrement dégagé qui nous a permis d’apercevoir le volcan dès la sortie du village de Ranu Pani. C’est paraît-il très rare d’après notre guide, mais il semble que la mer de nuages qui recouvre la région était simplement un peu plus basse que les jours précédents. Le sentier menant au Semeru est très bien marqué mais progresse sous une couverture végétale assez dense, masquant le plus souvent la vue du volcan (sans ce sentier il serait d’ailleurs très délicat de progresser et les risques de se perdre importants). 

Après quatre heures de progression, nous arrivons au lac (naturel) de Ranu Kumbolo (ci-dessus). Tout le monde pique-nique à cet endroit (certains aussi campent, ceux qui font l’ascension en trois jours), du coup il y a un monde auquel on ne s’attendait pas en arrivant. Comme au Rinjani on trouve quelques (pléthoriques) groupes de touristes indonésiens, qui se caractérisent par la lenteur extrême de leur marche. 

Comme je l’ai déjà évoqué, le volcan Semeru est l’un des rares volcans du monde qui soit en activité permanente, produisant toutes les vingt minutes environ une petite explosion de cendres : un peu comme le volcan Karimski, quoique moins fréquemment mais avec davantage d’intensité. Et contrairement au Karimski, cette activité n’interdit pas l’ascension du volcan, à condition de ne pas s’approcher du cratère éruptif (la constance des vents dominants empêche en général la voie d’ascension et le sommet, d’être recouverts par les projections volcaniques). Les quelques photos d’explosions ci-dessous ont été prises pendant la fin de la marche d’approche et depuis le camp de Kalimati.

L’ascension est une bonne bavante. On se lève à une heure impossible pour arriver au sommet à l’aube. Après une première partie en sous-bois (jusqu’au camp d’Arcopodo, 2960 m, situé au tiers de la pente et où certains groupes passent la nuit), on attaque la montée terminale sur la partie dénudée du volcan. Sept cents mètres d’une traite, ce n’est pas vertigineux mais c’est assez raide, et surtout le terrain, typiquement volcanique, est très instable. Le sentier s’élève entre deux ravines, tout droit (il n’y a pas la place de faire des lacets), et il y a intérêt à être bien encadrés (surtout à la descente) car le risque de perdre le sentier est important. Notre guide était bien placé pour le savoir, ça lui est arrivé (après s’être disputé avec un groupe), il a erré seul pendant trois jours sur ces pentes et a été à deux doigts d’y rester… Au beau milieu de la montée, nous nous sommes trouvés derrière un important groupe d’Indonésiens. Et là, il bien fallu quitter le sentier pour les doubler, sinon nous y serions encore ! (ils avaient à peine progressé quand nous les avons recroisés à la descente…). Il va sans dire qu’en marchant à côté du sentier on s’enfonce et on recule encore plus ! Une fois ce dépassement terminé nous avons trouvé facile le reste de l’ascension, en comparaison. 

Nous sommes finalement montés (un peu) trop vite : arrivés à 3600 mètres alors qu’il faisait encore nuit, notre guide a préféré attendre pour gagner le sommet : il est prudent en effet de voir de quel côté partent les projections volcaniques ! Un groupe (français) d’Aventure et volcans, accompagnés d’un guide local, n’a pas jugé utile de prendre de précaution similaire, au grand scandale de notre guide… 

Le sommet du Semeru (appelé aussi Mahameru) n’est pas situé directement au bord du cratère éruptif… une configuration des lieux sans laquelle l’ascension ne serait pas possible, et dont on ne se doute d’ailleurs pas, vu l’aspect de cône parfait de ce volcan, du moins quand on le regarde du côté par lequel on y monte… Il y a eu une explosion au moment où nous étions au sommet, il faut dire que quand on ne s’y attend pas cela surprend ! Bizarrement l’explosion fait moins de bruit qu’on pourrait le penser, c’est juste de la matière qui se retrouve éjectée en moins de temps qu’il ne le faut pour le dire…